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Les contes de Mamé |
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Raymond le métayer aidé de son frère le taciturne Rico, célibataire endurci, chargeaient le tombereau avec les lourds sacs de grains. Alors commençait l’expédition pour se rendre chez le meunier. Nous en étions évidemment. Raymond nous aidait à rejoindre sa fille Paulette sur les sacs entassés. Tout d’abord, tandis que le lourd attelage tiré par de belles vaches limousines à la robe rousse cheminait sur les petites routes campagnardes, nous chantions à tue-tête « qu’il fait bon dans ton moulin Maître Pierre » etc… Puis le temps passant, nous nous couchions sur les sacs et muets, restions absorbés par la révélation du ciel au-dessus de nos têtes. J’aimerais faire partager cette houle de sentiments qui prenaient possession de nous. Allongés à environ trois mètres du sol, pas forcément dans le sens de la marche, nous perdions toute notion terrestre, aucun repère n’existait plus, nous faisions partie d’un autre élément, aérien, velouté, silencieux…
Notre année suivait ainsi le calendrier des fermiers, le temps se mesurait à l’aune de leurs travaux, et les saisons au visage riant ou sombre de la nature. Pourtant, vrais campagnards mais faux paysans, nous étions confrontés avec la réalité qui nous choquait parfois. Voir tordre le cou de certaines volailles que nous connaissions, des lapins fourrés au nez frémissant, des canards curieux et un rien comédiens nous blessait. Les pintades dans leur dégradé un peu précieux de gris argenté, les gros dindons secouant leur « fraise » plissée rouge, et les jars bruyants, sifflants, le col allongé, agrémenté d’un bec pinceur un rien sadique nous interpellaient. Ces problèmes nous amenèrent à quelques actions d’éclat afin d’intervenir pour nos animaux. Pour notre cochon offert par un client « grassouillette » 2eme ou 3eme du nom nous avons prononcé sa libération. Aussitôt la porte de sa soue ouverte, la jeune truie prit ses pattes à son cou et entreprit une excursion ravageuse dans les champs et jardins de la commune.
Je dois dire que nous n’étions pas seuls à exercer nos talents à ce propos. Méric le petit fils de la baronne en vacances au château voisin, alla visiter les lapins du domaine. Voulant leur caresser le museau, il passa un doigt à travers le grillage et un gros mâle le mordit ; une décision s’imposait. Un peu plus tard, le garçonnet alla rendre compte à son aïeule : « grand-mère, vos lapins sont méchants, ils m’ont mordu, mais ne craignez rien, je les ai bien punis, j’ai ouvert leurs portes et je les ai tous chassés ».
©2005 - France TARDON/APPRILL
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